JACQUELINE EN VACANCES
- Yves Michel
- 21 mai 2018
- 2 min de lecture
À l’autre bout de la France. Décor de carte postale révisé Hollywood. Théâtre de poche tout de velours rouge, sublime, les WC sont condamnés : hors service nous dit la pancarte. Jacqueline, un peu perturbée par le long voyage que nous venons de faire, s’inquiète auprès du directeur, un bon gros jovial.
— Nous attendons le plombier, s’excuse le gros. Ah ! Si vous étiez venus la semaine dernière, tout était en état. Mais vous savez, ici c’est la campagne. Vous pouvez aller derrière le théâtre.
C’est ce que fait Jacqueline.
Cinq minutes plus tard, elle revient en catastrophe.
— On dirait que tu as rencontré le diable.
— Pire que ça, dit-elle, une oie récalcitrante qui s’en prenait à une partie charnue de ma personne.
Le soir, public clairsemé. Une dizaine de spectateurs. Même pas assis au premier rang.
— Si vous étiez venus la semaine dernière vous auriez fait le plein. Mais les vendanges commencent demain. Les gens se lèvent tôt…
Notre guide, le renommé Michelin, nous a conseillé une auberge aussi renommée que lui. Cuisine gastronomique garantie.
La patronne de l'auberge est fort avenante, et bavarde. Elle ne tarit pas d’éloges à propos de son chef cuisinier qui vient de la quitter pour aller travailler chez Paul Bocuse.
— Ah ! Si vous étiez venus la semaine dernière ! Vous auriez goûté son civet de marcassin… je vous en dis pas plus. Mais aujourd’hui c’est mon mari qui le remplace… (petit bémol dans la voix)
Jacqueline jette un regard triste sur le menu de la semaine passée. Nous nous contentons d’une omelette.
— Ça vous a plu ? s’enquiert la gargotière en nous présentant la note.
La note est assez salée. Beaucoup plus que l’omelette qui elle ne l’était pas, salée.
Comme nous avons une semaine de liberté, Jacqueline propose que nous nous arrêtions dans un hôtel fort sympathique, également recommandé par le Michelin.
J’ai repéré dans le luxueux salon de l’hôtel, un superbe piano à queue, une bête de concert. Comme nous avons Jacqueline et moi, une nouvelle chanson à mettre au répertoire, ça tombe bien. Nous allons pouvoir répéter. Mais le piano est fermé à clé.
— C’est ma femme qui a la clé, nous explique le taulier. Mais elle a oublié de me la laisser quand elle est partie la semaine dernière chez sa mère qui est souffrante. Ah !…
— Oui, nous aurions dû venir la semaine dernière, dit Jacqueline légèrement exaspérée.
Elle met son plus beau maillot et se dirige vers la piscine que le dépliant de l’hôtel présente comme la merveille des merveilles, copie conforme de celle que possédait Marylin Monroe à Hollywood.
Jacqueline revient. Même pas mouillée. Il y a comme une lueur de colère dans ses jolis yeux.
— Pas d’eau dans la piscine. Une fuite, parait-il. Les carreleurs carrellent.
— Ah ! Si vous étiez venus la semaine dernière…
De retour en Provence. Home sweet home ! Il pleut des cordes.
La voisine nous dit :
— Nous avons vraiment un temps pourri. Et la météo n’annonce pas d’amélioration avant plusieurs jours. Tout ça c’est à cause de la bombe atomique. Dire que toute la semaine dernière nous avons eu un soleil magnifique !
