LA BELLE GABRIELLE
- Yves Michel
- 4 mars 2018
- 2 min de lecture
Nous ne connaissons pas l’auteur de ce tableau, pourtant célèbre. Il a été peint vers 1594 par un artiste de l’École de Fontainebleau.
Un grand rideau de soie rouge encadre deux jeunes femmes qui font trempette dans une baignoire remplie probablement de vin ou de lait, car à cette époque on pratique la « toilette sèche », l’eau étant accusée de transmettre des maladies en ouvrant les pores de la peau. La baignoire est recouverte d’un drap qui adoucit le contact. Ces deux femmes, nues comme l'Eve de la création, l’une touchant le sein de l’autre, peuvent paraître ambiguës si on ne se fie qu’aux apparences. Mais ne nous y fions pas !
En réalité, honni soit qui mal y pense, nous n’avons pas là une représentation de deux brouteuses de gazon comme en présententde nos actuels films X, dont le but aurait été de provoquer des érections chez les contemporains du bon roi Henri IV.
Tiens ! Puisqu’on parle du « vert galant » : L’une des deux dames, cette de droite, n’est autre que sa maîtresse, la belle Gabrielle. Gabrielle d'Estrées. La belle Gabrielle.
Les parents de Gabrielle, Antoine d'Estrées et Françoise de la Bourdaisière, avaient donné naissance à onze enfants, dont sept filles qui deviendront toutes courtisanes notoires. On les avait surnommées les « sept péchés mortels », ce qui avait valu à leur mère le surnom peu reluisant de « tenancière de clapier à putains ». Les mauvaises langues prétendirent que Gabrielle avait été préalablement et successivement vendue par sa mère à Henri III, pour 6 000 écus, puis au financier Zamet, puis au cardinal de Guise.
En novembre 1590, son amant, Roger de Bellegarde, la présente à Henri IV qui en tombe éperdument amoureux. Elle lui cédera le 20 janvier à Chartres. (c’est pas de la précision ça ?)
Revenons au tableau.
Nous avons donc Gabrielle, à droite, en compagnie de sa sœur Julienne. Gabrielle est enceinte, du roi, et c’est la signification du geste de Julienne qui en touchant le sein de sa sœur fait comprendre à la postérité que Henri va être papa (Gabrielle lui donnera trois enfants). Derrière les deux femmes on voit d’ailleurs une nourrice préparant les langes de l’enfant à naître (ou déjà né).
Gabrielle d'Estrées tient du bout des doigts de la main gauche une bague que Henri lui a offerte le 2 mars 1599 en guise de promesse de mariage, ce qui fit scandale à la Cour. Ce mariage ne se fera pas. Gabrielle meurt subitement. Empoisonnée ? Ce n’est pas impossible.
