Marcel Pagnol - Daniel Auteuil
- Yves Michel
- 30 juil. 2014
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Marcel Pagnol - Daniel Auteuil
Daniel Auteuil a un défaut parfois gênant, c’est qu’il perd son personnage en cours de route. La première chose qu’on apprend au conservatoire ou dans les cours d’art dramatiques dignes de ce nom, c’est savoir écouter. C’est le plus difficile. Se mettre dans la peau d’un personnage est relativement facile (je dis bien relativement) quand on a un texte à dire, surtout si ce texte est celui d’un grand auteur, mais rester ce personnage quand le partenaire prend la parole, c’est autre chose. Dans Manon des Sources, on ne perçoit pas ce défaut d’Auteuil car il a en face de lui Yves Montand qui est, lui, un formidable écouteur et qui a une telle force, une telle présence qu’il entraine automatiquement son partenaire et l’empêche de déconnecter. Dans Marius et Fanny, Auteuil étant livré à lui-même, se laisse aller. Ainsi il est César quand il s’adresse à Marius et quand ce dernier répond, c’est Auteuil qui l’écoute. Le public ne voit pas toujours la chose car automatiquement on reporte son attention sur celui qui a la parole, mais les professionnels ne s’y trompent pas. Si vous voulez savoir ce que c’est qu’écouter, regarder dans « Casablanca » comment Ingrid Bergman regarde Bogart quand il s’adresse à elle et que tous les deux sont à l’image. C’est sublime. Notez le regard de Fresnay quand Raimu lui explique les quatre quarts ou quand Fanny l’interroge. Ça peut paraître futile, mais la jouissance en est décuplée. C’est comme écouter une symphonie de Beethoven dans sa globalité ou suivre individuellement la partie du violoncelle ou du premier violon.