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JE RENCONTRE LOUIS ARMSTRONG

J’avais dix-huit ans. Un peu par hasard, j’étais tombé dans la marmite du Jazz, comme Obélix dans la potion magique. Je ne peux pas expliquer pourquoi cette musique m’avait touché. Ce fut simplement une question d’épiderme. Quand mes copains s’enthousiasmaient pour les idoles yé yé, je vibrais aux accents de la Nouvelle-Orléans.

À cette époque, j'allais souvent chez Hugues Panassié que les médias avaient surnommé « Monsieur Jazz », et quelquefois même « Le Pape du Jazz ». C’est lui qui avait fait connaître la musique de Jazz aux Français, dans les années 30. Je suivais toutes ses émissions à la radio, et j’avais lu tous ses livres.

Ce jour-là, chez Hugues, à Montauban, Faubourg du Moustier, nous étions quelques-uns en train d’écouter Willy the viper, sublime enregistrement de Louis Armstrong dans sa version originale, en 78 tours. Tout à coup la porte s’ouvre, et entre Madeleine Gauthier, la compagne et la collaboratrice de Hugues. Elle était accompagnée d’un gros noir jovial qui souriait de toute la blancheur de ses dents. Nous n’en croyions pas nos yeux. C’était comme d’avoir reçu un coup de poing dans l’estomac. Ma jolie copine me souffla à l’oreille « tu crois que c’est lui ? ». Aucun doute n’était possible. Louis Armstrong en personne, en chair et en os, était parmi nous.

— Louis est venu passer quelques jours chez nous, entre deux concerts, nous expliqua Hugues.

Une conversation s’établit, en anglais, entre Hugues, Madeleine et Louis. Plus que jamais je regrettais mes lacunes dans cette langue.

Louis vint s’asseoir près de moi. Pendant une heure nous avons écouté des disques. De temps en temps, Louis ajoutait un commentaire que Hugues ou Madeleine nous traduisait. Je me souviens qu’il y avait polémique au sujet de l’un de ces enregistrements. Louis prétendait que le trombone était un tel, alors que Hugues soutenait que c’était un autre. La question ne fut pas résolue. Mais à chaque commentaire, Louis éclatait de rire et me donnait de grandes tapes dans le dos.

Avant de nous quitter, il nous fit un discours. Mais sans rapport avec la musique. Il défendit avec vigueur la régularité de la purge. Louis se purgeait trois fois par semaine, et il voulait absolument que tous ses amis en fassent autant. Et comme nous étions devenus ses amis français, il tenait absolument à nous convertir.

— La purge, nous dit-il, est un gage de bonne santé.

Il nous distribua à chacun de petits sachets de poudre purgative… que je me suis bien gardé d’utiliser.

 
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