UN PETIT MONSTRE
Le problème avec les avions, c'est que l'on ne peut pas tirer le signal d'alarme, et pas, non plus, ouvrir les fenêtres. En outre, les vols sont quelquefois fort longs ; plusieurs heures enfermé dans une boite de conserve n'arrange pas la claustrophobie dont souffrent à peu près tous les bipèdes, mâles ou femelles.
Moi, je préfère, quand c'est possible voyager en train. Surtout dans ceux dont on peut ouvrir les fenêtres – hélas de plus en plus rares.
Ce qui converti le plus agréable voyage en cauchemar — l'avez-vous remarqué ? – ce sont les enfants. Rien de plus exaspérant qu'un lardon qui chiale, qui trépigne, qui ne tient pas en place, qui pose des questions idiotes, qui pique des colères, qui a soif, qui a faim, et qui se cure le nez avec volupté. Ce genre de compagnie me rend dingue. Être enfermé pendant plusieurs heures avec un de ces futurs électeurs, me donne même des envies de meurtre. Alors j'en reviens à ces moyens de transports dotés de fenêtres amovibles par lesquelles on peut jeter ces mioches insupportables.
J'en ai balancé, personnellement, quelques-uns. Je l'avoue sans gêne. Après, quand les morveux n'étaient pas à moi, je défrayais les parents, bien sûr. Et je peux vous dire que ça s'est toujours bien passé ; dans la courtoisie la plus élémentaire. Et même, certains parents m'ont remercié, j'ai des lettres qui le prouvent. J'avais fait ce qu'ils n'avaient jamais osé faire. Je garde avec deux ou trois d'entre eux des relations amicales suivies.
Hélas, dans l'avenir, ce geste jouissif et libérateur deviendra de plus en plus difficile à accomplir. La climatisation dans les bus, TGV, et la plupart des moyens de transport empêchera bientôt le jetage des enfants par les fenêtres qui ne s'ouvrent plus.
Pour ce qui est des avions…
Vol Iberia, Airbus 347, siège 24B, côté couloir, plus facile pour les vessies exigeantes. Derrière moi, un affreux que la matrice maternelle a expulsé voici cinq ou six ans. Pas une réussite. Le foirage complet. Une tronche à arracher les ailes des mouches et à noyer son petit frère. La mère le couve du regard, son môme. Elle trouve que c'est la huitième merveille du monde. Toutes les conneries qu'il fait lui colle un sourire béat sur sa face simiesque. Avec une gueule comme ça, pour se le faire faire son déchet il a fallu qu'elle le paye, le géniteur. Et pas qu'un peu.
Le gamin a commencé par donner des coups de pieds dans le dossier de mon siège. Je vérifie, sans trop d'espoir, que le hublot ne s'ouvre pas. Non. Mais je ne comptais pas trop sur cet oubli de la compagnie.
— Il faut attacher ta ceinture, dit la charmante hôtesse.
— Non ! Je veux pas attacher ma ceinture !
Le gamin se débat, hurle, mord l’hôtesse.
— T'es pas mignon, Benjamin, dit la mère extasiée.
— T'es une connasse, dit la merveille du monde à l’hôtesse.
Dans son hystérie, Benjamin me frappe sur la tête avec sa tétine. La mère trouve ça très bien. La promesse d'un hamburger au Mac Donald de Caracas calme quelque peu le terrible. Il obtient en plus un costume de Superman.
Le plateau repas arrive. Le poulet au riz ne plaît pas au petit monsieur. Vol plané du poulet qui atterrit sur mon pantalon. La mère est en admiration. Le fœtus taré cours dans le couloir. Il s’arrête devant une grosse dame et lui dit :
— Toi, t'es pas belle. T'as de trop gros nichons.
Rire de la mère. Je lis.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je lis.
— Ça sert à quoi ?
— À oublier les petits cons.
Il m’arrache le livre des mains. Je lui fous une beigne. Il crie au secours. La mère m’insulte, veut m'arracher les yeux. Mais le restant de la cabine me donne raison.
Coups de pieds dans le dossier de mon fauteuil. Nuit. Caracas.
Ici les autobus roulent vitres ouvertes. Si les deux monstres vont dans la même direction que moi, peut être pourrais-je assouvir mon vice...
Mais hélas non. Il y a un rebut de spermatozoïde qui l'a échappé belle.
