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AUGUSTINE

Par une sombre nuit de septembre, la ville de Beaconsfield , au Canada, subissait une terrible attaque de grêle, comme jamais de mémoire d'hommes cela ne s'était produit. Des grêlons gros comme des œufs de poules cabossaient les voitures en stationnement, brisaient les vitrines des magasins et étaient déjà responsables de la mort de madame Perchemolle.

Remarquez que si je vous dis ça c'est juste pour meubler la conversation, car mon histoire ne se passe pas au Canada, pas à Beaconsfield, et madame Perchemolle n'y joue aucun rôle.

Ce qui est certain, c'est que cette même nuit naissait dans la maison familiale, le héros de l'aviation, Charles Lindberg. Ça vous en bouche un coin, non ? Au fait, ça n'a toujours aucun rapport, avec ce que je veux vous raconter.

D'ailleurs la chose ne se passait pas du tout la nuit mais à midi moins sept très exactement, à Carpentras.

Ce jour-là, Augustine Duglantier se présentait chez Maître Bonfils, notaire, 48 rue de la Conception, non pour y réclamer un quelconque héritage, mais pour occuper l'emploi de bonne à tout faire.

Augustine était blonde, jeune, jolie et pas trop bête (ceci pour corriger l'effet négatif qu'a pu produire le mot « blonde »). Elle était d'une très bonne famille, bien qu'elle soit bonne (là encore il ne faut voir aucun sens péjoratif au mot « bonne »). Elle avait eu des revers de famille, tout simplement, ce qui l'avait poussée vers des voies ancillaires. La pauvre enfant était hélas orpheline, son père et sa mère étant morts tous deux, trois ans avant sa naissance, dans le déraillement fameux du train Montelimar-Valence qui n'avait pas fait moins de deux morts, justement les parents d'Augustine.

Maître Bonfils était veuf, avec trois enfants à charge, plus sa vieille mère possessive et possesseur en plus de la fortune familiale. Le veuvage du notaire ayant exacerbé légèrement sa libido, il fit comprendre à Augustine qu'elle réveillait certains désirs en lui. Et le soir même de ce premier jour, ils eurent une première relation sexuelle.

Comme cette relation s'était révélée satisfaisante, ils en eurent d'autres, également satisfaisantes. La seule qui ne semblait pas satisfaite de la relation était la vieille madame Bonfils qui ne trouvait pas la bonne aussi bonne que son fils ne la trouvait.

Mais les choses s'arrangèrent pourtant. La vieille glissa sur une peau de banane et se fractura la tête. Peu après, le plus jeune des enfants du notaire se noya dans le canal. Le fils aîné, voulant sauver son frère (ou lui tenir la tête sous l'eau, on n'a jamais vraiment su) se noya également. Il restait une fille. Mais de santé fragile. Une vilaine maladie vénérienne l'emporta rejoindre ses frères à l'âge de sept ans et onze mois.

A partir de ce jour Augustine et Maître Bonfils vécurent heureux et longtemps. Ils n'eurent pas de descendance.

Moralité : il n'y a pas de sots métiers.

 
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